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Ronite CohenAvocat Prendre rendez-vous

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Indemnité d'éviction : ce qu'elle répare, et ce qu'elle ne répare pas

Votre bailleur refuse de renouveler votre bail commercial : il en a le droit, mais, sauf exception, ce refus lui coûte une indemnité d'éviction, qui répare la perte de votre fonds ou de votre droit au bail, votre déménagement et votre réinstallation. Voici ce qu'elle couvre réellement, les cas où elle n'est pas due, et pourquoi, si vous pouvez y prétendre, vous n'avez pas à partir avant d'avoir été payé.

Le congé est arrivé : lisez-le avant tout le reste

Refuser le renouvellement est un droit du bailleur : il n'a pas à justifier d'une bonne raison de vous voir partir. En contrepartie, et sauf exception, la loi lui fait payer ce départ. C'est l'indemnité d'éviction, due aussi lorsque c'est vous qui aviez demandé le renouvellement.

Le congé doit être délivré par acte extrajudiciaire et préciser ses motifs, à peine de nullité. Lisez-les d'abord : deux congés très différents circulent sous le même nom. L'un vous ouvre l'indemnité, et seule sa consistance se discutera. L'autre invoque un motif qui en dispenserait le bailleur : c'est votre droit qui est attaqué.

Vérifiez ensuite votre position. L'indemnité suppose que vous puissiez prétendre au renouvellement : bail soumis au statut, propriété du fonds exploité dans les lieux, immatriculation en règle, exploitation effective.

Surveillez enfin le calendrier : les actions fondées sur le statut se prescrivent par un délai bref, que le congé doit vous rappeler à peine de nullité. Il court de la date d'effet du congé, et une négociation ne l'interrompt pas.

Ce que l'indemnité répare

La loi est brève : l'indemnité est égale au préjudice causé par le défaut de renouvellement (article L. 145-14 du code de commerce). Tout se joue donc sur un fait : que perdez-vous exactement ?

Si votre clientèle tient à l'emplacement et ne vous suivra pas, vous perdez votre fonds de commerce : l'indemnité principale correspond à sa valeur marchande, déterminée suivant les usages de la profession. Si vous pouvez emporter votre activité ailleurs sans perdre cette clientèle, vous n'êtes pas évincé de votre fonds, vous êtes déplacé : elle se limite à la valeur de votre droit au bail. Cet écart est la ligne de fracture des dossiers. Attendez-vous à ce que le bailleur soutienne que votre clientèle vous suivra.

S'y ajoutent les postes accessoires : frais de déménagement et de réinstallation, frais et droits de mutation à payer pour un fonds de même valeur, trouble commercial pendant le transfert, parfois des licenciements rendus inévitables.

Ce qu'elle ne répare pas

L'indemnité n'est pas une prime de départ. Elle répare un préjudice, et la loi réserve au bailleur la preuve que ce préjudice est moindre : s'il établit que vous avez retrouvé un local voisin en gardant votre clientèle, il sera entendu.

Elle ne rachète pas vos travaux. Beaucoup de baux prévoient que les aménagements deviennent la propriété du bailleur en fin de bail, sans contrepartie : ils ne comptent que s'ils se retrouvent dans la valeur du fonds ou du droit au bail.

Enfin, si votre fonds est grevé d'inscriptions, la somme ne vous sera pas nécessairement remise directement : la loi organise son versement entre les mains d'un tiers, à charge de désintéresser les créanciers inscrits. Vérifiez-les avant de compter sur cet argent.

Les refus qui ne se paient pas, et celui qu'on croit gratuit

La loi dispense le bailleur de payer dans des cas limités. Trois méritent d'être connus.

Le motif grave et légitime. Loyers impayés, sous-location non autorisée, travaux sans accord, activité exercée hors de ce que le bail permet, local fermé sans raison sérieuse. Un manquement passé ne règle pas la question. S'agissant de l'inexécution d'une obligation ou de la cessation de l'exploitation sans raison sérieuse et légitime, la loi impose une mise en demeure préalable, par acte extrajudiciaire, qui doit à peine de nullité préciser le motif et reproduire les termes du texte. Le reproche ne tient que si le manquement s'est poursuivi ou renouvelé passé le délai qu'elle fait courir. Régularisé à temps, il ne vous coûte pas votre indemnité.

L'immeuble insalubre ou dangereux. Non pas l'opinion du bailleur sur la vétusté de son bien, mais une insalubrité reconnue par l'autorité administrative imposant la démolition, ou un état établi qui interdit d'occuper sans danger. Si l'immeuble est reconstruit avec des locaux commerciaux, la loi vous réserve un droit de priorité pour y revenir.

La reprise pour habiter. Elle ne vise que les locaux d'habitation accessoires de vos locaux commerciaux, pour y loger le bailleur ou l'un de ses proches : pas la boutique. Elle est écartée si ces locaux ne peuvent être dissociés du reste, ou si leur privation apporte un trouble grave à votre exploitation.

Reste le cas que l'on croit à tort gratuit : la reprise pour construire ou reconstruire l'immeuble. Le bailleur peut refuser pour ce motif, mais il vous doit l'indemnité. Il ne s'en libère qu'en vous offrant un local de remplacement correspondant à vos besoins et à vos possibilités, à un emplacement équivalent.

Vous restez tant que vous n'êtes pas payé

Le locataire qui peut prétendre à une indemnité d'éviction n'a pas à quitter les lieux avant de l'avoir reçue. Vous vous maintenez alors aux conditions et clauses du bail expiré. Continuez à exploiter, continuez à payer : une faute commise pendant cette période vous sera opposée.

Ce maintien n'est pas gratuit. Vous ne versez plus un loyer mais une indemnité d'occupation, fixée d'après la valeur locative, compte tenu de tous les éléments d'appréciation. Elle peut s'écarter sensiblement de ce que vous payiez et court sur toute la durée de l'occupation. Provisionnez-la.

Le bailleur peut encore faire marche arrière

Une fois l'indemnité fixée par une décision qui n'est plus susceptible de recours, le bailleur dispose d'un droit de repentir : il peut se soustraire au paiement, renoncer à votre éviction et vous consentir le renouvellement, à charge de supporter les frais de l'instance. Le délai pour l'exercer est bref.

Ce droit connaît une limite décisive : il ne peut plus être exercé si vous avez quitté les lieux, ou si vous avez déjà loué ou acheté ailleurs un immeuble destiné à votre réinstallation. Décidez donc tôt ce que vous voulez vraiment : un engagement pris ailleurs ferme la porte au repentir, mais vous engage avant tout paiement.

Définitions

Indemnité d'éviction
Somme due par le bailleur au locataire commercial dont il refuse de renouveler le bail. Elle est égale au préjudice causé par ce refus : perte du fonds ou du droit au bail, frais de déménagement et de réinstallation, droits de mutation. La loi en dispense le bailleur dans des cas limités.
Droit au bail
Valeur que représente, pour un commerçant, le fait d'occuper un local à des conditions et pour une durée protégées par le statut des baux commerciaux. C'est ce qu'il perd lorsqu'il quitte les lieux sans que sa clientèle disparaisse : son indemnité est alors calculée sur cette valeur, et non sur celle du fonds.
Droit de repentir
Faculté pour le bailleur de revenir sur son refus de renouvellement et de consentir le bail, une fois l'indemnité d'éviction fixée par une décision définitive. Il supporte alors les frais de l'instance. Il ne peut plus l'exercer si le locataire a quitté les lieux ou s'est réinstallé ailleurs.

Par quoi commencer

  • Conservez le congé et relevez sa date d'effet : c'est le point de départ du délai pour agir.
  • Réunissez le bail, ses avenants, les autorisations obtenues et les courriers du bailleur, notamment toute mise en demeure.
  • Vérifiez votre immatriculation et rassemblez de quoi prouver une exploitation continue : bilans, attestations, supports de communication.
  • Demandez par écrit le paiement de l'indemnité d'éviction, sans attendre d'être d'accord sur son étendue.
  • Ne signez aucun protocole et ne rendez aucune clé avant d'avoir mesuré ce que vous perdez.

Questions fréquentes

Le bailleur peut-il refuser le renouvellement sans motif ?

Oui. Il n'a pas à justifier d'une raison légitime de vous évincer. Son congé doit en revanche préciser ses motifs à peine de nullité, et ce refus ouvre droit à l'indemnité, sauf dans les cas où la loi l'en dispense.

Combien vais-je recevoir ?

Personne ne peut vous le dire sans avoir lu votre bail, vu vos comptes et regardé votre emplacement. Tout dépend d'abord d'une question : perdez-vous votre fonds, ou pouvez-vous le transporter ailleurs ? Un expert désigné par le tribunal se prononce généralement sur ce point.

J'ai eu des loyers impayés : est-ce que je perds mon indemnité ?

Pas automatiquement. Le bailleur devra établir un motif grave et légitime et, s'agissant d'un manquement au bail, vous avoir mis en demeure d'y remédier dans les formes prévues par la loi. Si vous avez régularisé dans le délai ouvert et que rien ne s'est reproduit, ce reproche ne vous prive pas de l'indemnité.

Dois-je partir à la date indiquée sur le congé ?

Non, pas si vous pouvez prétendre à l'indemnité : vous restez jusqu'à son paiement, aux conditions et clauses du bail expiré. Vous devez en revanche verser une indemnité d'occupation et continuer à exploiter. Partir de vous-même vous prive de ce levier.

J'ai trouvé un local ailleurs, je signe maintenant ?

Réfléchissez avant. Vous réinstaller interdit au bailleur de revenir sur son refus, ce qui sécurise le principe de l'indemnité, mais vous engage financièrement avant tout paiement. Si votre objectif est de garder votre emplacement, signer ailleurs vous ferme cette issue.

Votre situation est particulière

Cet article expose des principes généraux ; il ne remplace pas l’examen de votre dossier. Le cabinet vous reçoit à Paris 17 et répond à toute demande sous 48 heures ouvrées.

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